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Isa

Les éclopés

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LES ÉCLOPÉS, série de 10 photographies 50 x 75cm imprimées et encadrées sur papier Hanhemühle Fine Art

 


Penser les maux en images, explorer ce que la photographie peut montrer... J’ai souhaité les saisir, les « panser » dans des décors qui font sens. Les éclopés sont des tableaux de maux et d’histoires.
Il y a un an, avec Denis mon ami d’enfance, nous avons travaillé sur la douleur. Depuis sa tendre jeunesse Denis souffre de plusieurs maladies, mais c’est surtout une personne qui m’inspire beaucoup.
Ce projet n’aurait pas pu voir le jour sans lui, sans Ian son ami, ainsi que les différents modèles. Les personnes désignaient  la zone qui les faisait souffrir et ce qu’ils souhaitaient, ou non, donner à voir. Merci.

La douleur est physique et/ou psychique. Invisible à l’œil nu, son emprise n’en est pas moins grande sur l’humeur et la vie de l’individu. En effet, sa dimension est singulière, intense et intime. Pour l’exprimer, j’ai travaillé avec des corps parfois nus et des tissus neutres sans caractère qui dé-passent les conventions vestimentaires. J’ai choisi de symboliser les maux qui se répandent bien au-delà du corps et qui, partant d’une zone définie, se déploient et grandissent selon le ressenti par des bandages hypertrophiées.
Ces bandages aux dimensions excessives interpellent la répugnance de la société vis-à-vis de la maladie, de la vieillesse et de la mort. Ils évoquent aussi l’outrance que prend l’expression
de la souffrance pour se faire entendre. Comment ne pas s’interroger sur l’expérience singulière et la déformation du schéma corporel ?
Cette mise en scène burlesque traite avec légèreté d’un sujet sérieux qui concerne des situations de violence faites au corps et à l’être.
Les pansements caricaturent les corps brutalisés, choqués, fragilisés, susceptibles de chuter.
La photo, temps de pause, révèle le véhicule destiné à se mouvoir de pensée en pensée, à se penser dans un mouvement continu, soudain immobilisé dans l’interrogation du but, de la fin.
Douleur figée, souffrance de l’être, est-ce donc si absurde d’être sculpté dans un pourquoi sans réponse ?

 

Isabelle Souriment Juin 2016

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Marion Le Torrivellec, février 2017

Les images qu'Isabelle Souriment rassemble sous le titre Eclopés sont celles d'une série de portraits pansés, aux bandages hypertrophiés, qui met l'accent sur l'invisible : la souffrance. L'artiste donne à voir ce que l'on cache, à couvrir ce que l'on montre, à montrer ce qui recouvre puis enfin elle tire des images de ces histoires personnelles et les offre à nos regards.
Et c'est ici que se trouve le jeu, dans les regards des modèles qui se dérobent, plus souvent qu'ils ne sont soutenus et dans le notre de spectateur qui piétine toute pudeur pour se retrouver à chercher la plaie qui pourtant perce l'écran, à vouloir voir ces corps grotesques, voir si ça fait mal, où et comment.
Ces personnes mises en scène, seules en un lieu qui leur semble propre, qui semble être refuge, pourraient n'être qu'une succession de corps difformes, isolés, cloisonnés, de corps littéralement bridés, bandés par le tissu et ce qu'il semble dissimuler. Mais ils sont plus. Ils sont hors pathos, ex-sistere à côté de leurs maux, à côté d'eux-même, exister: ici et bien vivants.
La photographe se nourrit pleinement de l'héritage de son médium qu'elle croise aux problématiques contemporaines : elle fixe, témoigne et diffuse l'intime, créé des images chocs, bouscule le réel, universalise les petites gènes, les lancinantes, les pénibles, celles aigües ou bien les sourdes, toutes différentes, toutes personnelles et toujours enfouies.
Les Eclopés sont bien entiers et jusque dans le titre elle fait cas d'oxymores. Ils n'ont rien en moins, au contraire, de soignées excroissances font corps avec le leur, blancheur immaculées auréolées de lumière. Expression d'un moi intérieur, d'un tourment, c'est du côté du romantisme qu'Isabelle Souriment explore les souffrances, les mettant en lien avec des paysages extérieurs, des plantes vertes ou encore des fenêtres s'ouvrant sur une nature, interrogeant ainsi, par ce drôle de jeu d'échelle, la place des ressentis et l'incommensurabilité de ceux-ci à nos quotidiens.
 
Marion Le Torrivellec, février 2017.

 

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Interview de Pierre Léoutre, Samedi 25 Juillet 2016

 

Q. Isabelle Souriment, pourquoi cette exposition au château des comtes d’Armagnac ?
 

R. Parce que ce lieu est chargé d'histoire. En août dernier, avec mon ami d’enfance Denis et son ami Ian, nous avons réalisé un projet photographique ici. Il  s’intitule « Les éclopés ».  Nous avons souhaité saisir les maux, les panser dans des décors qui font sens. Ce château qui a plus tard abrité l'hôpital de Lectoure s'est imposé.  


Q. Comment est venue l’idée de cette exposition ?
 
R. Petite, j’ai longtemps séjourné dans des centres de santé, loin du cocon familial, je me suis toujours sentie un peu différente… Les maux ont une dimension singulière, intense, intime et difficilement partageable. Mes amis ont vécu la même expérience.
Nous avons choisi de les représenter par des bandages hypertrophiés; un moyen d’interroger la répugnance de la société face à la maladie, à la décrépitude, à la vieillesse et à la mort. C'est aussi une manière d'évoquer l'outrance que prend l'expression de la souffrance pour se faire entendre. Les bandages hypertrophiés représentent également la douleur qui se répand bien au delà du corps et qui, partant d'une zone définie, se déploie et prend du volume en fonction du ressenti.

Q. Comment avez-vous trouvé les modèles de vos photographies ?
 
R. Nous avons rencontré ces personnes sur place.  Ce sont des mises en scène ici et ailleurs, des maux en histoire. Il y a dix photographies, ainsi que des empreintes sur nature réalisées par Pascal Bazin. 

Depuis, un autre projet s’est greffé en réaction avec cette expo : chacun est invité à exprimer une idée sur sa place dans le monde et dans notre société. Une photo de vous, vous sera offerte pour toute participation.